Liberté, égalité, fraternité : la tripartition sociale apprend à marcher
L'anthroposophie n'est pas une philosophie qui se suffit à elle-même. Elle veut aider à améliorer les conditions de vie de chacun dans la société contemporaine. C'est le sens de l'idée d'une tripartition sociale visant à libérer la vie culturelle.

4 septembre 2019 · 25 mn de lecture

« Impulsion pour l’avenir – Percée vers une société plus humaine au 21e siècle » : tel était le titre du grand congrès organisé à Stuttgart à l’occasion du centenaire de la campagne menée pour une tripartition sociale en Allemagne en 1919. L’une des conférences du soir fut tenue par Gerald Häfner, ancien euro-député écologiste, dont voici la transcription, précédée d'une introduction au thème.
À la sortie de la Première Guerre mondiale, Rudolf Steiner fut sollicité pour donner son avis sur des perspectives sociales dans une Europe dévastée, prise en étaux entre les blocs de l’Ouest et de l’Est qui commençaient à s’établir. Il proposa une approche fondée sur les trois idéaux révolutionnaires : liberté, égalité et fraternité. Pour pouvoir incarner réellement ces trois idéaux, il faudrait, outre la vie économique et la vie politique, mieux considérer un troisième élément : la vie culturelle-spirituelle. Cette dernière n’est, selon Steiner, pas assez prise en compte, alors que c’est en elle que s’épanouit la créativité humaine, l’innovation, l’instruction, l’éducation, la recherche scientifique, l’art, la spiritualité, la connaissance, etc. Cette vie de l’esprit, qui évolue selon les temps et les lieux, s’est libérée de l’Église grâce à l’État au cours de la modernité. Elle est aujourd’hui assez mature pour se libérer de l’État et s'épanouir par elle-même. Elle est fondée sur les idées, la créativité, les facultés, talents et compétences individuelles des citoyens, c’est pourquoi le principe de « liberté » règner sur cette vie culturelle-spirituelle. Elle ne doit être dirigée ni par l’État, qui a toujours un caractère normatif et sclérosant, ni par l’économie, qui la soumet à la loi du marché et la transforme en divertissement. De l’autre côté, la vie économique est fondée sur l’échange de biens, l’interdépendance des humains entre eux et avec la Terre, elle ne peut être féconde que si elle est animée par la « fraternité » qui peut s’épanouir grâce à une économie « associative », où aucun acteur de la chaîne de création de valeur n’est oublié, même la nature. Le « commerce équitable » est un exemple de cette idée où chaque acteur de la chaîne est respecté dans cet esprit de fraternité. La troisième partie de l’organisme social est formée par la vie juridique, l’État proprement dit, qui garantit et protège l’« égalité » de tous les citoyens en dignité et en droit, et doit tout mettre en œuvre pour que le principe démocratique soit constamment amélioré.
Permettre à ces trois membres de l’organisme social, vie juridique (égalité), vie économique (fraternité) et vie culturelle (liberté), de se gérer indépendamment tout en interagissant était, selon Rudolf Steiner, la seule façon de permettre aux idéaux de la Révolution de s’incarner réellement. Lorsque ces idéaux sont appliqués de manière désordonnée, il en résulte de gros dommages pour la vie sociale. Le communisme du bloc de l’Est fut un exemple où la fraternité, contrainte par l’État, réprime la liberté. La capitalisme du bloc de l’Ouest montra comment le principe de liberté peut tuer la fraternité et l’égalité. La tripartition sociale n’est pas un programme politique, un système figé, mais une compréhension vivante des forces constituant l’organisme social. Elle ouvre sur des formes de société variées, selon les lieux et les cultures, car elle remet le pouvoir entre les mains des citoyens. De nombreuses idées lui sont liées, comme la démocratie directe, l’intégration de la nature dans la chaîne de création de valeur (agro-écologie), le revenu de base inconditionnel, les écoles et universités libres, la banque éthique, de nouvelles formes de propriété pour les moyens de production, les formes d’économies associatives, etc. Finalement, cette tripartition sociale n'est pas un programme politique, mais une description de la structure essentielle l'organisme social qui attend de pouvoir s’épanouir, de manière diverse, pour que la liberté, l’égalité et la fraternité deviennent des réalités concrètes et qu’une prospérité à al fois éconimique, politique et culturelle puisse voir le jour. – Louis Defèche

Dans la vie politique et économique, on prend constamment des décisions qui ont des conséquences pour de nombreuses personnes, voire même pour des pays entiers. Lorsque je me suis moi-même trouvé dans de telles situations, j’étais consterné par le manque de temps pour réfléchir en profondeur, le manque de liberté, d’ouverture d’esprit, de dialogue et de capacité d’intuition, qui pourraient donner une chance à des pensées nouvelles, des solutions différentes, meilleures et ne pas faire perdurer aveuglément le passé.
En tant que personne ayant travaillé assez tôt et intensément sur l’œuvre de Rudolf Steiner et sur le concept de tripartition de l’organisme social, je ressentais profondément comment comprendre et développer le « social » de manière plus globale et plus fondamentale. J’ai souffert de l’absence de telles perspectives parmi les personnes avec lesquelles je devais prendre des décisions à l’époque. Cette expérience douloureuse m’a conduit à des décisions et des initiatives visant à permettre au plus grand nombre d’accéder à ces points de vue et à ces approches.
Cet article est réservé aux abonnés PREMIUM
Inscrivez-vous et abonnez-vous pour lire cet article et accéder à la bibliothèque complète des articles réservés aux abonnés PREMIUM.
S’inscrire maintenantVous avez déjà un compte ? Se connecter
Vous aimerez aussi





