Beuys : un des anthroposophes les plus marquants du siècle dernier
L’année 2021 marque le centième anniversaire de la naissance de Joseph Beuys (1921-1986). Gerald Häfner, ancien député des Verts, a rencontré le célèbre artiste de son vivant au sein des cercles politiques d’Achberg, mais aussi lors de la phase de création du parti des Verts en Allemagne.

16 juin 2021 · 10 mn de lecture

Quels furent tes premiers liens avec Joseph Beuys ? Où est-il apparu dans ta vie ?
Quand je pense à Joseph, je le vois immédiatement face à moi. Cette rencontre a été déterminante pour ma vie. Je suis reconnaissant que nos chemins se soient un peu croisés. Il est la personne la plus importante que j’ai eu le privilège de rencontrer. Mais je n’étais pas de ceux, comme Johannes Stüttgen, qui étaient toujours à ses côtés, je peux compter le nombre de nos rencontres. Lorsque Beuys fonda l’Université libre internationale, j’étais encore élève. Après mes années d’école, j’ai eu le sentiment d’avoir été pendant 13 ans un parasite. J’avais besoin de donner quelque chose en retour à la société. Et je voulais faire ce que je pensais être le plus difficile pour moi : travailler avec des personnes porteuses de handicap. Une amie m’a conseillé de contacter une institution anthroposophique ; elle pensait que je trouverais à Achberg les anthroposophes qui me conviendraient. J’y suis donc allé. Un costaud chaussé de sabots bruyants m’a demandé ce que je cherchais et j’ai dit : « Travailler avec des handicapés ». Il a répondu : « Mais nous ne sommes pas handicapés ! ». C’était Wilfried Heidt. Nous avons parlé jusqu’à trois heures du matin. J’ai eu le sentiment d’arriver dans un cercle d’amis unis par un même esprit. À partir de ce moment-là, je me suis rendu régulièrement à Achberg, et c’est là que j’ai aussi rencontré Joseph.
Comment l’as-tu rencontré, avais-tu des préjugés ?
J’étais timide. Je sentais que tout le monde recherchait un lien intime avec lui. Je n’aimais pas ça. Ça me faisait de la peine pour lui, raison pour laquelle je restais à l’écart, en observateur. Il fallut attendre la fondation du parti des Verts pour que se noue notre premier contact personnel à l’occasion d’un entretien. Nous représentions deux des cinq initiatives fondatrices des Verts : lui l’Université libre internationale (Free International University) et moi l’Action troisième voie (Aktion Dritter Weg).
C’est un grand bonhomme ! Voilà ce que j’ai ressenti quand je l’ai vu. Aujourd’hui encore, ce qui m’interroge, c’est sa perméabilité. J’ai de certaines personnes l’impression qu’elles brassent beaucoup d’espace autour d’elles, comme Helmut Kohl, par exemple : lorsque Kohl entrait dans une pièce, on ressentait une présence physique imposante. Ce n’était pas du tout le cas de Joseph. Il avait de la présence, il était vif et perspicace, mais j’ai toujours eu l’impression que tout le traversait, comme s’il vivait non pas « contre » les impressions, mais « avec » les impressions, toujours en relation avec tout ce qui l’environnait. Il était comme transparent, translucide, perméable.
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