PREMIUM

Entre idéaux pacifistes et complexité de l'époque

Renate Riemeck était une femme trop matérialiste pour les anthroposophes, trop chrétienne pour les marxistes, trop anthroposophe pour les chrétiens, trop à gauche pour la droite, trop à droite pour la gauche et trop chargée d'un passé trouble. L'écrivain Albert Vinzens s'est penché sur sa vie.

par David Marc Hoffmann

19 septembre 2025 · 12 mn de lecture

Renate Riemeck, la jeune enseignante d'université, Oldenburg 1948.

Le nom de Renate Riemeck (1920-2003) est principalement associé aujourd'hui à son rôle de mère adoptive d'Ulrike Meinhof (1934-1976), devenue la célèbre leader de la Bande à Baader, mais peut-être aussi à ses ouvrages historiques inspirés par l'anthroposophie. Le large oubli dans lequel est tombé son nom est un marqueur de sa vie, miroir de la tragique histoire de l'Allemagne du XXe siècle et de ses ruptures.

Après des études d'histoire et un doctorat à Iéna, Renate Riemeck mena dans les années d'après-guerre une remarquable carrière dans les Instituts pédagogiques de la jeune RFA. Enseignante charismatique, populaire, elle marqua des générations de futurs enseignants. Si sa rapide titularisation lui assura la sécurité financière, elle lui valut aussi un embourgeoisement discutable. Benjamine des universitaires de l'Allemagne d'alors, elle rencontra de la part de ses collègues enseignants un désagréable mélange d'arrogance et de réserve. Elle occupa la chaire d’histoire et de sciences politiques de l’université de Wuppertal, son quatrième poste, tout juste âgée de 35 ans. Selon Albert Vinzens, il lui importait de ne pas limiter son attention à l'objet de recherche extérieur, mais d'explorer en même temps son for intérieur et sa conscience. Ses expériences en lien avec sa vie intime étaient pour elle un élément important de la connaissance scientifique. Elle associait des faits scientifiquement établis à des prises de position engagées débouchant souvent sur un appel à l'action. Riemeck n'agissait donc pas seulement au titre d'enseignante universitaire, mais aussi, par sa personnalité, en contemporaine exemplaire et engagée, ce qu'attestent de nombreux témoignages de ses anciennes étudiantes.

Renate Riemeck sur l'île de Juist, 1949.

Membre du SPD depuis la fin de la guerre, elle s'éloigna de plus en plus de la ligne du parti. Opposée au réarmement nucléaire, elle prit publiquement position pour la reconnaissance de la ligne frontière Oder-Neisse entre l'Allemagne et la Pologne et réclama sans relâche la paix et le dialogue avec l'Allemagne de l'Est et le Kremlin. En ces temps de pleine guerre froide, de telles opinions étaient perçues comme défaitistes et dangereuses pour la Constitution. Une véritable chasse aux sorcières fut alors lancée contre l'universitaire « communiste » qui endoctrinait la nouvelle génération d'enseignants allemands. En 1960, le ministère de l'Éducation de Rhénanie-du-Nord-Westphalie interdit à l’enseignante combative de faire passer des examens, décision qui conduisit aux premiers sit-in d'étudiants. Peu de temps après, Riemeck mit fin à cette campagne de diffamation et présenta sa démission.

Cet article est réservé aux abonnés PREMIUM

Inscrivez-vous et abonnez-vous pour lire cet article et accéder à la bibliothèque complète des articles réservés aux abonnés PREMIUM.

S’inscrire maintenant

Vous avez déjà un compte ? Se connecter

Vous aimerez aussi