Initiés aux mystères du Mal
Comment faire face aux événements dramatiques extérieurs dont nous sommes les spectateurs apparemment impuissants ? Comment affronter le mal que nous portons aussi chacun en nous ? Ce texte a été d'abord publié juste après les attentats du 13 novembre à Paris.

20 octobre 2017 · 12 mn de lecture

Pas de raison au pessimisme,
mais bien plutôt à l’éveil.
– Rudolf Steiner, 26 octobre 1918, GA 185.
La crise des réfugiés – rencontrer un visage
Parmi tous les défis auxquels nous faisons face à notre époque, la crise des réfugiés est peut-être la plus parlante. Elle pourrait éclairer d’une lumière crue ce que « devenir contemporain » signifie. Cette crise n’est plus une crise, elle est en train de devenir un état permanent. Ce qui s’était annoncé comme un défi s’est immiscé dans notre présent. Le défi est là. Et il a un visage. On peut se détourner de ce visage ou le regarder à la dérobée. Mais on peut aussi aller à sa rencontre. Dans cette rencontre, on fait presque toujours l’expérience de l’impuissance. Car rencontrer son semblable de visage à visage est avant tout un acte intérieur. Il va de soi que cette rencontre dans le for intérieur doit pouvoir évoluer par des pas concrets. Mais l’efficience de ces pas dépend du lieu d’où ils sont partis. Or, c’est souvent l’impuissance qui règne en maître dans ce lieu.
Où se trouve l’impuissance au sein de l’être humain ? En tant qu’expérience, elle se caractérise par sa radicalité, ce qui la distingue d’une faiblesse passagère. Elle est « radicale » parce qu’elle saisit mon être tout entier. Bien que cette radicalité soit éprouvée dans l’âme, l’impuissance s’étend au-delà et atteint directement le lieu du « Je ». Le drame de l’époque actuelle touche le « Je » dans son noyau, dans son potentiel. Chaque « Je » est porteur d’une potentialité qui tend à se réaliser. Dans cette dynamique, le « Je » ne peut se manifester que s’il parvient à réaliser son intention la plus intime. Il ne s’agit pas seulement d’entreprises, de projets ou d’actions au sens habituel − quoique naturellement ceux-ci n’en soient pas exclus − mais de petits gestes, de croiser un regard. Car l’intention qui vit en chaque « Je » est déjà un geste en soi. Le « Je » veut pouvoir se relier, participer. Le « Je » veut dire « oui ».
De spectateur à contemporain
En tant que spectateurs, nous faisons partie de l’évolution du monde, mais nous ne faisons que la subir. En tant que contemporains, nous y prenons part activement en disant « oui ». Non pas que nous approuvions les événements, mais parce que nous nous décidons à rester éveillés à ce qui se passe. Nous devenons des co-porteurs, et cet engagement nous pousse à faire l’expérience de l’impuissance.
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