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Il était une fois... l'âme de l'enfant

Et si les contes étaient bien plus que de simples histoires du soir ? Enseignante, formatrice, mère et grand-mère, Isabelle Dupin révèle combien ils constituent un puissant levier pour accompagner le développement de l’enfant, dans une approche ancrée dans la recherche anthroposophique.

par Isabelle Dupin

27 mars 2026 · 15 mn de lecture

Photo : Liana Mikah

À l’heure des écrans omniprésents et des récits formatés ou déformés, raconter des contes peut sembler désuet. Et pourtant, ces histoires tirées de la mémoire ancestrale rejoignent l’enfant au cœur de son devenir, là où se tissent les liens entre corps, âme et esprit. Nourriture neurologique, spirituelle et relationnelle, le conte offre à l’enfant un espace pour respirer intérieurement, se confronter au mal, rencontrer la loi intérieure et accueillir la force du « je » qui se cherche. Encore faut-il comprendre l’art de raconter, saisir ce que traversent véritablement les enfants lorsqu’ils écoutent et décrypter la portée de ces figures – princes et princesses, rois, marâtres, loups ou autres Baba Yagas…

« Il était une fois… » : ouvrir l’espace de l’âme

Tout commence souvent par cette formule : « Il était une fois… ». Sitôt prononcée, elle nous fait basculer dans un autre espace‑temps. Nous ne sommes plus dans le temps linéaire du quotidien ; nous entrons dans un temps à la fois révolu et toujours actuel, dans une sorte d’intemporalité où le passé est mystérieusement présent. Dire « il était une fois » place l’enfant dans un espace intérieur où il peut rêver sans perdre le contact avec lui‑même.

Grammaticalement, l’imparfait installe un climat de durée, de paysage, d’atmosphère. Puis vient le passé simple : l’action, l’événement, le « soudain ». Cette alternance entre imparfait et passé simple n’est pas un détail technique, elle crée une véritable respiration de l’âme. L’imparfait permet à l’enfant de se poser dans une ambiance, d’entrer dans le rêve et l’intemporalité ; le passé simple le réveille, l’emmène dans l’aventure, dans le mouvement. Entre ces deux pôles, l’âme de l’enfant respire, comme entre inspiration et expiration. Quand nous racontons, et non simplement quand nous lisons, nous pouvons jouer consciemment de cette respiration. En commençant par « il était une fois », en laissant le temps à l’imparfait de déployer le paysage intérieur, puis en osant une vraie vigueur du passé simple, nous aidons les enfants à trouver un rythme intérieur sain entre rêverie et éveil. Le conte les accompagne ainsi dans le mouvement subtil qui relie leur vie onirique, encore toute proche du monde d’où ils viennent, et leur éveil à la terre, à l’action, au destin.

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