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Hilma af Klint : art, conscience et connaissance spirituelle

Longtemps ignorée, Hilma af Klint apparaît aujourd’hui comme une pionnière de l’abstraction. Or son œuvre dépasse l’innovation formelle : elle explore les liens entre art, spiritualité et conscience, et cherche à rendre visibles des dimensions du réel situées au-delà de la perception ordinaire.

par Jean Pierre Ablard

20 mars 2026 · 5 mn de lecture

La colombe, No. 1, 1915 (détail). Courtoisie de la Fondation Hilma af Klint. Photo : Albin Dahlström/Moderna Museet

Redécouverte en 1986 à l’occasion d’une exposition présentée à Los Angeles sous le titre The Spiritual in Art, Abstract Painting 1890-1985, Hilma af Klint (1862–1944) occupe aujourd’hui une place majeure dans l’histoire de l’art moderne. Son œuvre est cependant restée longtemps dans l’ombre, alors qu’elle est désormais reconnue comme une pionnière de l’abstraction. N’a-t-elle pas, en effet, développé un langage non figuratif dès les premières années du XXe siècle ? Cependant, réduire ses recherches à une simple avancée formelle serait insuffisant. L’œuvre d'Hilma af Klint, comme celle du reste de ses « frères en abstraction », Vassily Kandinski ou Piet Mondrian, s’inscrit avant tout dans une recherche sur la conscience, le spirituel et les dimensions de l’existence présentes au-delà du champ du visible. Son art ne vise pas uniquement à représenter le monde, mais à révéler des niveaux de réalité situés au-delà de la perception ordinaire.

Hilma af Klint naquit dans une famille qui accordait une grande importance aux sciences (ingénierie de marine, cartographie, mathématiques, etc.). L’intérêt d’Hilma pour les sciences s’étendit aussi à la botanique et à la biologie. Formée à l’Académie royale des Beaux-Arts de Stockholm, elle maîtrisa d’abord parfaitement la peinture naturaliste, comme en témoignent les portraits, paysages ou illustrations botaniques qu’elle peignait avec aisance, mais de façon somme toute assez conventionnelle. La période qui suivit sa formation fut pour elle l’occasion de se tourner vers une approche davantage postimpressionniste. Elle s’y consacra un temps avant de révéler, de façon très inattendue, une autre facette d’elle-même...

À l’écoute de l’au-delà

À la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, l’Europe connut un regain d’intérêt pour les sciences occultes, la théosophie, le spiritisme et les recherches sur l’âme. Hilma af Klint s’inscrivit pleinement dans ce contexte, en partie poussée par la profonde douleur née de la perte brutale d’une sœur âgée de dix ans et par son désir de maintenir le contact avec elle. Elle cofonda en 1896 une petite communauté nommée le groupe des « Cinq », cercle de femmes pratiquant le channelling, des séances de dialogues avec l’au-delà, des moments de méditation et des séquences d’écriture automatique. Hilma affirmait avoir reçu certaines de ses œuvres par l’intermédiaire d’entités spirituelles qu’elle nomme les « Anges » ou les « Maîtres élevés ». Elle consigna alors dans de nombreux carnets, par des textes, des graphiques, des dessins, ce qu’elle accueillait lors de ces séances.

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