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De la démocratie à l’Etat d'Amour

Pourquoi percevons-nous nos sociétés comme divisées ? Claudine Nierth, membre de Mehr Demokratie, défend depuis des décennies une démocratie directe et voit la crise actuelle comme un appel au changement intérieur et politique.

par Claudine Nierth et Franka Henn

14 février 2025 · 14 mn de lecture

Photo : Will O

On écrit beaucoup, aujourd’hui, sur la division de la société. Votre deuxième livre, co-écrit avec Roman Huber, porte comme sous-titre La société déchirée. Quand cette déchirure a-t-elle commencé et comment mesure-t-on la « déchirure » d’une société ?

Claudine Nierth : Des points de vue différents, des opinions polarisées, ont toujours existé. Mais la question est : pourquoi percevons-nous soudain ce phénomène comme si menaçant et diviseur ? Depuis quand nous sentons-nous ainsi divisés ?

Je ne pourrais pas dire précisément depuis quand, mais cette division est devenue flagrante pendant la pandémie de Covid-19. Les premières semaines, les gens étaient ouverts et doutaient. Mais avec les premières conclusions sur le danger réel et les mesures qui en ont découlé, différentes interprétations de la situation ont émergé. Le problème est apparu quand l’une des interprétations s’est imposée et que certaines mesures ont dominé toutes les autres. Il n’y avait soudain plus d’espace pour la divergence d’opinions, la pluralité ou la diversité, d’où de vifs affrontements. Je dirais qu’il y a division dès que certains se sentent dominés par d’autres, lorsqu’ils ont l’impression d’être écrasés, marginalisés, ou ne se sentent pas entendus. Et quand en plus cela touche à des questions vitales comme la santé ou la vie, la situation devient critique.

En tant qu’artiste et créatrice d’espaces sociétaux, vous êtes active pour l’association Mehr Demokratie (Plus de démocratie). Vous dialoguez avec des citoyens, mais aussi des responsables politiques. Que constatez-vous ?

La méfiance envers les institutions publiques et la politique a énormément augmenté. Les fossés se creusent. À l’inverse, les responsables politiques sont de plus en plus frustrés car ils ne parviennent pas à résoudre les problèmes des citoyens. C’est comme si nous étions à fleur de peau ; nos réactions sont plus fortes, notre résilience, et donc notre capacité de résistance, plus faible. Comme si la « mèche d’allumage » était plus courte qu’il y a dix ans, avec pour conséquences des réponses plus brutales. De plus en plus de personnes ont le sentiment de ne plus appartenir à la société, elles s'en sentent exclues, discriminées ou ignorées, et cela dans toutes les tranches d’âge. Certaines se replient sur elles-mêmes et se taisent, certaines abandonnent. Et d’autres deviennent résistantes ou se radicalisent.

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