Dans l'atelier, au chevet de Rudolf Steiner
1er octobre 1924 – 30 mars 1925 : Rudolf Steiner tombe malade et Ita Wegman quitte la clinique pour le soigner. Le 1er octobre, Steiner quitte la Maison Hansi dans laquelle il résidait pour son atelier à la Menuiserie où il restera six mois, jusqu'à sa disparition.

28 mars 2025 · 18 mn de lecture

Marie Steiner-von Sivers était partie un jour plus tôt, le 30 septembre, pour une tournée de plusieurs semaines en Allemagne avec la troupe d'eurythmie du Goetheanum. Vu l'état de santé de Steiner, elle avait, à vrai dire, d’abord refusé de partir. Le 2 octobre, il l'informa de son transfert pour traitement et soins : « Je suis donc ici et je resterai aussi longtemps qu'il le faudra ».
Les premiers temps de la maladie
Steiner ne se rendit pas à l'Institut clinique et thérapeutique que dirigeait Ita Wegman à Arlesheim, mais dans un lieu du Goetheanum qui lui était familier, où il travaillait depuis près de dix ans. Dans cet atelier de sculpture, avaient également eu lieu de nombreux autres travaux et des entretiens extrêmement importants. Il s’installa à l'endroit où se trouvait la sculpture en bois du Christ, à côté de laquelle il devait mourir six mois plus tard. Il avait tout juste réussi à assumer physiquement les six cours parallèles de septembre avec soixante-dix conférences, quatre cents entretiens individuels, d'innombrables autres activités3, ainsi que son bref discours à la veille de la Saint-Michel. Ses forces s'étaient alors épuisées. « C'était comme si Rudolf Steiner voulait tout mettre en œuvre pour atteindre spirituellement ce qui pouvait encore l'être [par le biais des cours de septembre] », écrivit Ita Wegman. Il agissait ainsi par « sentiment de devoir envers les puissances supérieures », fit savoir Steiner à Marie Steiner-von Sivers le 6 octobre, depuis l'atelier. Dans les semaines suivantes, il ne cessa de répéter qu'il pouvait encore trouver les forces nécessaires pour les cours de septembre, mais pas pour les interminables sollicitations personnelles, soucis et souhaits des membres.
Le 2 octobre, Rudolf Steiner annula les conférences programmées par une note manuscrite sur le tableau d'affichage de la Menuiserie. Une semaine plus tard, le 10 octobre (et peu après, dans Das Goetheanum, le bulletin d'information hebdomadaire), il proscrivit la « formation de rumeurs dans les milieux anthroposophiques » et toute autre spéculation des membres sur son état de santé ou sa maladie. Il espérait, grâce aux « soins uniques et dévoués de ma chère amie Ita Wegman et de son fidèle assistant, le Dr Noll », pouvoir bientôt reprendre une « activité physique, sans laquelle le spirituel ne peut malheureusement pas agir sur Terre, du moins jusqu'à un certain point ». Il ajouta cependant : « Mais finalement, tout cela doit être appréhendé conformément au destin (karma) ».
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