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Le jeu d'échecs et le Mat : perspective spirituelle et symbolique

Jean Poyard, spécialiste des questions spirituelles autour du Graal, nous livre ici un aperçu de ce qui est à découvrir dans son dernier ouvrage sur le jeu d'échecs. Une plongée passionnante dans le monde du Noble Jeu et de ses symboles. Une interview réalisée par Virginie Prat.

par Jean Poyard

4 juillet 2025 · 14 mn de lecture

Photo : Felix Mittermeier

Jean Poyard, bonjour. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je me suis intéressé, depuis mes années d’étudiant, aux questions spirituelles. Très tôt, j’ai pressenti qu’il y avait une réalité plus profonde au-delà des perceptions habituelles de la vie et que cela exigeait que je me mette en recherche. Cela s’est principalement orienté vers la question du Graal et la spiritualité templière, l’ésotérisme chrétien au sens le plus large du terme. Et depuis plus d’un quart de siècle, dans la recherche anthroposophique.

Il y a quelques années, vous avez publié un livre intitulé Le Graal, queste christique et templière. En septembre 2024, vous avez fait paraître un nouveau livre, Le jeu d’échecs et le mat, perspective spirituelle et symbolique. Pouvez-vous donner un éclairage sur votre cheminement entre ces deux ouvrages ?

On pourrait s’étonner qu’après avoir publié, en 2016, un livre sur le Graal et la spiritualité templière, paraisse aujourd’hui un livre sur la spiritualité du jeu d’échecs. Quels sont les liens entre ces deux ouvrages ? Il se trouve que je me suis intéressé depuis longtemps au jeu d’échecs, au même titre qu’à la spiritualité du Graal. J’ai discerné dans le Noble Jeu un condensé de la connaissance spirituelle, un livre muet, au sens le plus traditionnel du terme, je dirais presque alchimique. Car tout est nombre et pur symbole dans le jeu d’échecs, dont les pièces caractérisent des fonctions cosmiques, aussi bien que les acteurs archétypiques d’une quête qui n’a pas d’âge et qui est donc d’une brûlante actualité. Les cinq pièces majeures de ce jeu de la sagesse, Roi, Reine, Fou, Cavalier et Tour, symbolisent les éléments d’une quête qui porte un nom : le Graal. En effet, dans les textes du Graal, il y a toujours un roi et une reine. Il y a toujours un chevalier un peu fou, qui cherche éperdument la connaissance et qui est prêt à prendre tous les risques pour cela. Il y a naturellement le cheval. Dans nombre de traditions, il symbolise la connaissance supérieure, qui est la monture par excellence de l’Homme. En toutes choses, il est « l’étalon de mesure ». Et il y a une cité réputée imprenable, le château du Graal, que l’on retrouve dans le symbole de la Tour. Le jeu d’échecs apparait comme un fil d’Ariane pour nous parler autrement de la question du Graal et de bien d’autres choses encore ! C’est ainsi, au chapitre « Le bel échiquier », que nous assistons au cheminement spirituel de Perceval, qui doit mener trois parties d’échecs successives pour parachever son initiation. C’est alors qu’il  prononcera ces paroles : « Dieu, enfin, je suis arrivé là où je voulais ».

Le combat échiquéen est un chemin d’initiation, un combat pour la connaissance véritable, qui ne se donne pas mais se conquiert, et dont l’accomplissement porte un nom : le mat. Le Noble Jeu chante le salut par la connaissance qui s’accomplit dans l’amour et dont la Dame est le chemin qui mène à l’esprit, ce Roi que l’on convoite sur l’échiquier de la vie.

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