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Transcender la notion de substitution à l'ère de la post-vérité

Au lendemain des élections américaines, John Bloom examine la culture de la contre-vérité qui s'impose de plus en plus comme la norme.

par John Bloom

10 novembre 2024 · 9 mn de lecture

Drapeau de Jasper Johns, Musée d'Art Moderne de New York. Photo : Esther Westerfeld. CC BY 2.0.

Comprendre la politique nationale des États-Unis est aussi insensé que captivant tant les strates de réalité et de fiction sont nombreuses. Le spectacle assourdissant de la campagne électorale semble incontestablement et insupportablement lié au pouvoir, à l'argent, à l'autorité de la personne, à l'identité nationale, au rôle du gouvernement et à la perte de toute nuance dans les relations des États-Unis avec le reste de notre monde. En tant qu’entrepreneur, membre de conseils d'administration d'organisations caritatives exonérées d'impôts, contribuable, bénéficiaire de la sécurité sociale, conseiller auprès d'organisations et également grand-père, tout ce qui se passe actuellement revêt une extrême importance. Le besoin impérieux de trouver et d'expérimenter un semblant de vérité dans le contexte de la folie exige une persévérance individuelle, une ouverture aux perceptions des autres et une conscience morale, servant de boussole permettant de naviguer dans le champ social de l'Amérique de la post-vérité.

La rhétorique politique brandit l'étendard de la liberté. Or vérité et liberté sont inextricablement liées. Le passage de l'Évangile de Saint Jean [8, 32] ne cesse de résonner en moi : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres ». Si la vérité rend libre, que dire de la contre-vérité ? Quels effets ont sur nous les contre-vérités répétitives et incontestées ? Plus loin, dans le même Évangile [8, 34], Jésus fait une distinction importante entre asservissement physique des autres (« le pouvoir sur quelqu'un ») et asservissement métaphysique ou intérieur créé à partir de soi-même : « Je vous le dis en vérité, quiconque commet le péché est esclave du péché. » Une contre-vérité crée une forme d'emprisonnement, tout le contraire d'une liberté.

Comment une boussole morale peut-elle donc se présenter, se comporter et fonctionner ? Rudolf Steiner a posé les bases de cette idée en 1917 dans sa « tripartition sociale ». Ce système représentait son projet pour un monde social reflétant l'imagination morale de l'être humain tripartite en matière de pensée, de sentiment et de volonté. Par extension, une éthique sociale devait émerger, co-créée par des individus soucieux de l’éthique. Un tel cadre intègre chacun de nous dans la structure tripartite de l'être humain et sert de guide pour restaurer, de manière responsable, un champ social qui s'est aujourd'hui éloigné de toute base morale. Par essence, le champ social public fonctionne actuellement sur la base d'une contre-vérité systémique. Comment pouvons-nous cultiver une attitude d'âme, une boussole morale, qui guide nos actions et notre société vers la justesse, l'équité et la suffisance : la liberté dans l'esprit, l'égalité dans l'exercice de la justice et la solidarité dans l'économie ?

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