La pensée paulinienne : base d'une science de l'esprit
L'apôtre Paul a développé une forme originelle de philosophie de la liberté et d'épistémologie de la connaissance spirituelle, à laquelle se rattachait souvent Rudolf Steiner, et sur laquelle s'appuie la démarche de l'anthroposophie.

18 février 2024 · 25 mn de lecture

Même si le personnage historique de Paul de Tarse (Saint Paul) est bien connu, son œuvre l'est beaucoup moins. Non seulement sa pensée n'est pas facile à saisir avec les deux mille ans qui nous en séparent, mais les traductions actuelles n'aident pas à en saisir l'essence. L'auteur de l'article qui suit a pris la peine de remonter à la version grecque des épitres de Paul, pour saisir les idées originelles de cette pensée.
Romains 12.2
« Ne vous conformez pas à cet éon (époque), mais soyez métamorphosés par le renouvellement de l’intelligence pour éprouver quelle est la volonté de Dieu, celle qui est bonne, agréable et accomplie. » (Romains 12.2) Ce sont les paroles que Paul adresse aux Romains. Merveille de concision, ce verset est un véritable condensé philosophique. Le verbe grec suskematizô, signifiant « se conformer », contenait l’idée d’être inféodé à un schéma. Paul demandait donc à ses interlocuteurs romains de ne pas se soumettre aux schémas en cours à leur époque. La métamorphose purement intérieure qu’il encourageait consistait en un renouvellement de l’intelligence. Le mot anakaïnosis (métamorphose), composé du préfixe ana1, indiquant un retournement vers le haut, vers l’origine, vers le spirituel, et de kaïnos, qui évoque ce qui est neuf, signifiait littéralement « être neuf à nouveau avec conscience ». Nous retrouvons ici un écho de l'idée de « vacuité » enseignée par le bouddhisme ou, plus récemment, par Krishnamurti (1895-1986) par exemple, mais cela renvoie aussi à l'idée centrale de « penser pur » que Rudolf Steiner décrit dans sa Philosophie de la liberté.
Le renouvellement de l'intelligence
Ce renouvellement concernait noos, l’intelligence, non pas la faculté intellectuelle au sens où nous l’entendons actuellement, mais l'intelligence qui relie l’individu à l’esprit. Dès sa naissance en un lieu et à une époque, un être humain est imprégné d’une culture, d’une religion, d’une pensée scientifique ou politique. Dépasser ces préjugés congénitaux est la première étape de la réalisation individuelle, sachant toutefois que l’opinion personnelle n’est pas une fin en soi. La seconde étape consiste à s’élever au-dessus de la sphère personnelle afin d’atteindre l’objectivité de l’intelligence (noos) grâce à laquelle l’individu s’inscrit dans l’unité du monde. Cette communion spirituelle de l’humanité est aux antipodes de la pensée unique. Vladimir Vernadsky (1863-1945), puis Teilhard de Chardin (1881-1955), concevaient la « noosphère » comme la sphère spirituelle commune à toute l’humanité.
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