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La grotte de Niaux

Dans une grotte des Pyrénées, on peut admirer des peintures datant de seize mille ans et rencontrer une obscurité qui recèle les images du monde.

par Gilda Bartel

12 juin 2026 · 6 mn de lecture

Photo : Bernd Wahlbrinck

Une vie se cache derrière les couches de nos mots et de nos images. Je ressens parfois vaguement son agitation. Elle apparaît aussi dans des yeux qui ne peuvent encore parler de rien. Ou elle s’insinue dans nos intuitions, discrète et silencieuse, comme une force obscure, douce, intemporelle. Cette vie est imprévisible et invisible. Il faut savoir s’y abandonner. Te souviens-tu du noir profond du coing d’hiver sur ta table de cuisine, qui aspirait à revenir à la terre, à la matière sombre ? C’est un noir qui s’abandonne au devenir, tout à fait différent de celui du scarabée. Il ne produit pas d’éclat, mais un désir d’appartenance. Nous avons perdu la magie pour des millénaires lorsque nous avons commencé à parler d’elle.

Un immense surplomb rocheux, d’au moins trente mètres de haut. Un groupe de personnes devant lui. Nous portons tous un boîtier d’éclairage dont le métal rouge est usé. Le cliquetis de l’interrupteur rappelle l’enfance. Lentement, nous nous dirigeons vers le sas, comme des enfants qui attendent quelque chose d’inattendu. L’émerveillement est la belle fille des ténèbres. Puis la terre nous aspire. Dans l’étroit canal de naissance, gardé par une porte de fer, l’odeur du monde s’efface peu à peu. Nous sommes la seule vie autorisée à franchir la barrière vers l’intérieur. Autrefois, c’étaient des porteurs de torches en chaussures de fourrure, avec des lanières de cuir et des couteaux en pierre, qui rampaient à travers les éboulis. Beaucoup ou peu ? Rarement ou souvent ? On ne le sait pas.

Nous pénétrons dans le crâne de la Terre, le ventre maternel – ainsi que certains le ressentent – et nous nous taisons. Le silence est aussi une grande obscurité. Des paysages intérieurs dorment ici, invisibles, depuis si longtemps que l’esprit bute sur l’éternité. Les montagnes ne sont pas des tas de sable remblayés, des éboulis ou des bandes de sédiments, serrés les uns contre les autres. Elles ont des cavités cardiaques où est apparu le premier battement d’une vie. Les traverser est intime : une intimité des plus primitives, à peine effleurée. Et maintenant, nos yeux se posent sur l’intérieur de la peau, timides et quelque peu honteux face à cette nudité. Nous marchons dans une zone délimitée d’environ deux mètres de large. À droite et à gauche, l’espace est vaste. Il n’y a pas de vie ici, dit la guide, pas même d’eau. Pourtant, l’organicité des formes suggère le contraire. Sentiers, collines, vallées, cuvettes, chaînes de montagnes lointaines, façonnés par les visages du temps. Je perçois une présence dont l’essence se cache dans l’obscurité. Malgré une température constante de 10°, cette obscurité est chaude. Elle n’a pas de couleur, mais elle est comme une substance qui nous enveloppe. Elle me pousse à rester un instant en retrait pour pouvoir m’approcher un peu plus de la lisière de l’invisible. Mais la guide nous exhorte à rester groupés.

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