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Totalitarisme épistémologique et république de la connaissance

Affirmant se fonder sur une démarche scientifique universelle, des militants cherchent à discréditer certaines approches nouvelles et respectueuses du vivant en les qualifiant de « pseudo-sciences ». Mais ce prétendu « universel » n’est-il pas devenu un totalitarisme ?

par Xavier Fourt

15 novembre 2019 · 16 mn de lecture

Différentes clarifications doivent être effectuées au préalable sur l’épistémologie, la rationalité, la méthodologie de la connaissance et la connaissance humaine en général, avant de tenter d’énoncer ce qui pourrait s’appeler une République de la connaissance dans le contexte mouvementé de ce nouveau siècle.

Pluralisme des rationalités

D’abord, on ne peut réduire la « rationalité » à la seule « rationalité objectivante ». La méthodologie scientifique ne peut se réduire à la seule méthode hypothético-déductive, comme référence ultime de la démarche scientifique qui prétendrait, au nom de cette pureté, procéder à l’éradication ou à la subordination de toute autre démarche scientifique et à fortiori des connaissances ou savoirs « impurs » et qualifiés avec mépris de « pseudo-sciences ». Les connaissances scientifiques ne se laissent pas hiérarchiser en subordonnant les sciences dites « molles » telles que la sociologie, l’anthropologie ou l’histoire, aux sciences dites « dures » comme la physique, la biologie ou la chimie. Le champ de la connaissance humaine ne peut être réduit à la seule connaissance dite « scientifique ».

Toute discussion sur la rationalité au 21e siècle exige de reconnaître au préalable que les êtres humains ne sont pas des entités éthérées, pures et hors-sol, mais physiques et situées dans des cultures particulières. Autrement dit, toute rationalité est « située » : historiquement, cognitivement, culturellement… Cela n’implique pas nécessairement de souscrire à un relativisme radical ! Mais cela exige de ne pas se laisser aller aux simplifications hâtives d’une rationalité colonialiste qui se plaisait autrefois à opposer, avec trop de légèreté, civilisation et sauvagerie, rationalité et irrationalité, urbain et rural, ou même, masculin et féminin. Cette rationalité colonialiste faisait d’une certaine idée de la raison et des Lumières les fondements idéologiques et les armes de guerre intellectuelles des puissances politiques coloniales et du patriarcat. Une modernité renouvelée devrait ici être énoncée. Une modernité qui, travaillant à la réalisation de son projet inachevé, n’abandonne pas pour autant les modernités alternatives qui se développent dans d’autres parties du monde.

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