Sympoïèse : Co-création et interdépendance du vivant
Des entités distinctes peuvent entrer en compétition ou coopérer, mais toujours à partir d'une séparation initiale, principe clé de la biologie moderne. Et si la relation primait sur la séparation? Comment percevrions-nous alors les organismes et ce que nous nommons « leur environnement » ?

6 juin 2025 · 10 mn de lecture

Lorsque vous allez dans la nature et que vous voyez un chêne, cet arbre n'est pas quelque chose d'isolé dans le monde. Il pousse dans la terre et est lié à la terre. Pourtant, nous savons immédiatement l'identifier comme un chêne et non comme un érable ou un bouleau. Il y a donc un élément d'identité et, dans le même temps, de connexion avec quelque chose de beaucoup plus grand, que nous appelons « la Terre ». Si un arbre attire notre attention et que nous nous y intéressons, nous pouvons alors nous rapprocher de lui. Nous commençons à prêter attention à ses détails, à ce qu'il a à montrer, et entamons un dialogue avec cet organisme, cet arbre.
Il y a plusieurs façons de procéder. On peut, par exemple, commencer par une feuille. Il s'agit d'une feuille de chêne blanc américain (quercus alba), une espèce de l'Est des États-Unis et du Canada. Si nous commençons à prêter attention à un seul détail, c'est une invitation à nous attarder sur le phénomène et à y pénétrer, à regarder attentivement la forme, à accompagner la forme et à nous déplacer avec elle. Nous voilà en train de suivre la façon dont elle se propage de manière rythmique, avec les lobes et les sinus. Nous voyons les motifs des veines, les qualités du vert et les textures. À travers les détails, nous entrons dans les caractéristiques de cette feuille particulière, qui est elle-même une expression de l'arbre.
Puis une question émerge : comment cela vit-il en moi maintenant, dans mon imagination ? J'ai fait un pas vers l'arbre, et je garde à présent quelque chose de l'arbre, à travers sa feuille, en moi. Je peux le revisiter, le recréer en me représentant la texture de la feuille, la tige courte et robuste, la façon dont la feuille s'étend et se contracte, et la qualité du vert – tout cela dans mon imagination, aussi soigneusement que possible. Cette activité donne vie à ce que l'arbre a laissé de lui en moi. C'est ce que Goethe appelle « l'imagination sensorielle exacte » [« exakte sinnliche Fantasie »]. C'est une pratique par laquelle nous commençons à faire corps avec une chose, et pas seulement à y penser à distance, à la faire vivre dans l'instant.
Cet article est réservé aux abonnés PREMIUM
Inscrivez-vous et abonnez-vous pour lire cet article et accéder à la bibliothèque complète des articles réservés aux abonnés PREMIUM.
S’inscrire maintenantVous avez déjà un compte ? Se connecter
Vous aimerez aussi






