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Hilma af Klint, une artiste anthroposophe ?

Af Klint a laissé une œuvre riche, reflet de ses recherches en sciences de l’esprit. Suite aux récentes grandes expositions, des éléments sur son lien avec l’anthroposophie et Rudolf Steiner ont émergé. Charles Cross questionne Anne Weise des Archives Steiner pour éclaircir ce sujet.

par Anne Weise et Charles Cross

22 novembre 2024 · 10 mn de lecture

Carnet de notes : Fleurs, mousses, lichens, Hilma af Klint, 1919-1920, pp. 24-25, Fondation Albert Steffen.

Depuis un certain temps, vous vous intéressez de près à Hilma af Klint. Comment avez-vous découvert son travail ?

Af Klint est apparue dernièrement dans la sphère publique comme si elle surgissait de nulle part. Elle est restée très longtemps ignorée, mais ces dix dernières années, de nombreuses expositions ont été organisées dans le monde entier. Une grande exposition du Musée suédois d'art moderne de Stockholm a été présentée à Berlin, avant de voyager ailleurs. Ce fut la première occasion de faire découvrir af Klint de manière aussi importante. Bien que vivant aux États-Unis à l'époque, j'étais par hasard à Berlin lors de l'une de ces expositions, et j'ai été enthousiasmée. Cette exposition comportait deux niveaux : le niveau inférieur illustrait davantage sa période théosophique et ses premiers travaux d'écriture automatique, et la partie supérieure était consacrée à ses travaux ultérieurs, des œuvres, à mon sens, beaucoup plus explicites. Quelques années plus tard, alors que je vivais déjà en Suisse, j'ai voyagé aux États-Unis. Le hasard voulut que le Musée Guggenheim de New York accueille en 2018 une grande exposition des œuvres d'af Klint. Cette exposition a attiré un public nombreux et ravi. Ce fut l'exposition la plus réussie jamais organisée au Guggenheim, pourtant vieux de quatre-vingts ans.

Le catalogue de l'exposition contenait un article sur une visite d'atelier de Rudolf Steiner et, entre autres, des allégations selon lesquelles Steiner aurait jalousé le travail d’af Klint. Collaboratrice des Archives Rudolf Steiner, j'ai mené des recherches. La fondation Hilma af Klint m'a également donné accès à ses carnets de notes et j'ai recherché des indices et des indications sur son lien avec l'anthroposophie et Steiner. Des écrits ont été publiés sur les relations qu'elle entretenait avec l'art anthroposophique, qui laissent toujours supposer une relation tendue. Les documents, cependant, ne le confirment pas. Rudolf Steiner n'avait aucune réserve à l'égard de ce nouveau type d'art. Il n'y a aucune preuve qu'il se soit exprimé négativement sur le travail d’af Klint. Il s’est exprimé sur quelques-uns de ses tableaux, il a expliqué de quoi il s'agissait, en a donné une certaine interprétation, mais rien qui aille très loin. De son côté, peu sûre d'elle à l'époque, elle a essayé de rencontrer Rudolf Steiner dans le but de savoir ce que signifiaient ses tableaux.

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