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« Apprivoise-moi ! » – Dignité humaine et dignité animale

Alors que le public prend de plus en plus conscience des horreurs de l’élevage industriel et de notre responsabilité face à la souffrance animale, il semble que le virus ayant effrayé toute la planète en 2020 provienne du règne animal. Qui menace qui ?

par Ueli Hurter

7 octobre 2020 · 12 mn de lecture

Le coronavirus semble être passé des animaux aux humains et il existe de nombreux indices d’un tel « saut » de l’animal vers l’humain. Les animaux seraient ainsi la cause biologique de la pandémie de COVID-19. Depuis que cette idée s’est répandue, on observe une incertitude vis-à-vis des animaux. On parle peu du danger qu’ils représentent et des protections que nous devrions mettre en place face à eux, mais on ressent plutôt l’attitude inverse : nous avons fait souffrir les animaux et voici qu’ils se défendent. Ce sentiment se nourrit de diverses sources : l’esprit critique de notre époque interroge la pratique de l’élevage intensif. Le véganisme est une expression de ce refus. Un article du Monde diplomatique de mars 20201 constitue une deuxième source : Sonia Shah y attire l’attention sur les contraintes que nous faisons subir à la nature et qui seraient la cause des éruptions virales. Rudolf Steiner indique une troisième source : il voit dans les souffrances que l’être humain inflige au monde animal la cause spirituelle de maladies infectieuses qui se propagent de façon épidémique2. J’aimerais dans cet article proposer une aide permettant de s’orienter et montrer comment on peut passer d’un sentiment d’insécurité envers les animaux à une relation plus sereine. Ces réflexions se nourrissent de mon expérience d’éleveur depuis plus de 30 ans et de mes études sur ce sujet au sein de la section d’agriculture.

L’élevage d’animaux, de virus et de bactéries

L’élevage intensif est une tragédie indéfendable à tous points de vue : comment en est-on arrivé là ? L’industrialisation de l’élevage est la conséquence de notre pensée abstraite qui considère les animaux comme des objets. La science moderne a postulé avec Descartes que l’animal est une machine ; elle a estimé avec Darwin que les animaux évoluent dans la lutte pour la survie. Si l’on combine ces deux paradigmes, il s’ensuit que les animaux sont des machines de survie qu’on peut connecter en série sans y voir de difficultés. Les produits de masse ainsi obtenus, viande pour l’alimentation, fourrures pour nos vêtements ou médicaments élaborés par le biais de l’expérimentation animale, garantissent par des prix bas un accès général à la prospérité souhaitée par tous. À y regarder de près, cette industrie est beaucoup plus technique que les consommateurs ne l’imaginent et quiconque se documente sur le détail de ces pratiques est effrayé. L’intelligence nue et froide ici à l’œuvre, si caractéristique de ce que nous sommes aujourd’hui, provoque des réactions désespérées dans les processus vitaux qui, d’une certaine manière, parlent le même langage : virus et bactéries se détachent de leur lien avec le vivant, se multiplient de façon exponentielle et deviennent ainsi des maladies pandémiques qui affectent les animaux eux-mêmes et l’être humain. Les retombées des virus issus de l’élevage de masse font partie de la logique du système.

Le choc provoqué par l’élevage intensif entraîne des réactions extrêmes, dont celle du véganisme. Il revendique le renoncement total à tout produit d’origine animale. Un crédo végane le justifie ainsi : « L’élevage consiste à faire des animaux des esclaves ». Un autre déclare : « Le sang ne coulera pas pour moi ». On se détourne entièrement des animaux et toute forme d’élevage devient par nature répréhensible et immorale. On peut penser que cette attitude est cohérente sur le plan moral ou au contraire qu’elle est fanatique. 3

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