L’Occident se cherche un nouvel humanisme
Depuis ses origines biblique et antique jusqu’à la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, l’Occident a placé l’être humain au centre de ses préoccupations : il est la plus grande énigme de l’univers et peut-être la clé pour comprendre son évolution.

5 janvier 2024 · 8 mn de lecture

Il est de bon ton aujourd’hui de critiquer l’être humain. À écouter les médias et les intellectuels à la mode, tous les malheurs de la planète lui seraient, peu ou prou, imputables : crises écologiques et économiques, guerres mondiales, génocides, famines. Pétri de biais en tous genres, l’humain serait irrémédiablement conditionné par ses gènes, la société, son psychisme. Il serait pris dans tout un faisceau de forces extérieures à lui-même et incapable de s’en défaire. Simple mammifère que rien ne différencierait véritablement de ses congénères, les primates, dont il partage presque tout l’ADN, il serait, dans sa condition première, un loup pour les autres hommes, comme le formulait déjà Thomas Hobbes au 17e siècle.
Ces idées pessimistes, voire nihilistes, ne sont pas nouvelles. Mais elles ont gagné du terrain depuis quelques décennies. Certains théoriciens soutiennent, par exemple, que la seule aspiration réelle de l’humanité devrait être de disparaître. La seule option pour sauver la planète serait d’arrêter de se reproduire. C’est ce que défendent notamment les GINKS (Green Inclination No Kids), les personnes qui décident de ne pas avoir d’enfant pour des raisons écologiques.
L’aveuglement anti-humaniste
Cette vision du monde imprègne la culture occidentale contemporaine au sens large. Elle peut être qualifiée d’antihumaniste, au sens où elle donne systématiquement de l’être humain une image sombre et dégradée. Le manque de confiance qu’elle exprime justifie un contrôle toujours plus accru de l’être humain (par l’État, la technique, le capital, etc.) afin de contenir les pulsions de mort inhérentes à sa nature. A contrario, est « humaniste » toute démarche théorique ou pratique mettant l’être humain, son progrès et sa liberté au centre de ses préoccupations. Comme le rappelle le philosophe français Abdennour Bidar (Histoire de l’humanisme en Occident, Dunod, 2021), « l’humanisme est le caractère de toute pensée et de toute action inspirée par l’admiration et l’amour pour l’être humain », ainsi que « le souci de le faire grandir ». Par conséquent : « L’humanisme est une pédagogie de l’humanisation, qui part du principe que l’homme est encore à venir et qu’il faut tout faire pour stimuler la croissance morale, intellectuelle et spirituelle de l’humanité ».
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