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La liberté dans un monde numérique

Une reflexion sur la technique, sur ses ombres et ses lumières, tirées de l'ouvrage « Prendre le risque de l’autre. L’émergence de l’hospitalité » paru aux éditions Triades.

par Robin Schmidt

17 février 2018 · 15 mn de lecture

Dans la techné des anciens Grecs, l’élément créateur pouvait encore agir dans la technique et dans l’art. Par contre, la technique moderne se caractérise par le fait qu’elle suscite une séparation entre l’acte et le contenu du travail, voire de toute production de culture. C’est ainsi qu’elle apparaît d’abord comme destructrice de la tradition culturelle. Pourtant, chaque nouvelle technique permet aussi un art nouveau: un art de la liberté, qui consiste à trouver une façon chaque fois spécifiquement humaine d’être un esprit.

Autonomie et machine à vapeur

La première expérience de la liberté fut l’autonomie. À l’époque de la Renaissance et à celle des Lumières, la philosophie et l’art cherchaient la source de la culture dans l’espace et le temps, dans le sujet humain. La Cène de Léonard de Vinci montre cela de façon symptomatique. Elle est figurée de telle sorte que l’on ressent: la Cène se déroule ici et maintenant, au milieu de nous. Ce n’est plus un mythe éloigné. Elle est présente dans l’espace. Léonard réussit cet exploit grâce à la perspective centrale et à la façon dont la fresque s’ordonne spatialement: elle emplit la moitié supérieure du mur du réfectoire du cloître, et semble prolonger la salle à manger des moines. Le sujet (l’observateur) et l’objet sont ainsi séparés et placés l’un face à l’autre, en même temps que l’observateur est inclus optiquement dans l’espace où se déroule la Cène. Le message radical de cette composition peut se comprendre ainsi: l’événement de la Cène est quelque chose qui peut se produire entre des êtres humains dans cet espace constitué par le sujet.

Dans la philosophie, on a travaillé à cette formation du sujet, d’abord durant la Renaissance, puis avec les Lumières, l’idéalisme, le classicisme allemand. Les méthodes pour que le Je se saisisse lui-même, pour qu’il se donne à lui-même ses propres lois et devienne autonome se sont affinées et précisées toujours davantage.

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