Hilma af Klint : la géométrie de l'esprit
La raison du succès d’Hilma af Klint est claire : c’est la soudaine découverte que l’art abstrait ne fut pas inventé par Kandinsky, mais par une femme, des années auparavant. Or quel était son projet ?

9 septembre 2019 · 18 mn de lecture

Derrière les œuvres si novatrices de Hilma af Klint, particulièrement attrayantes du point de vue esthétique, on découvre une démarche visant une compréhension renouvelée de l’esthétique et la tentative systématique d’investiguer les mondes de l’esprit.
Hilma af Klint, une pionnière de l’abstraction : le Musée d’Art moderne de Stockholm lui a consacré en 2013 une vaste rétrospective. Cette exposition, la plus visitée dans l’histoire du musée, a fait d’elle une artiste de réputation internationale. Le 12 octobre 2018, le Musée Guggenheim de New York a inauguré l’exposition Hilma af Klint, des peintures pour le futur. Lors de sa clôture, le 23 avril de cette année, on réalisa à New York, comme à Stockholm auparavant, que cette exposition fut la plus fréquentée de toute l’histoire du musée. Cet événement représente sans aucun doute un point culminant dans la présentation de ses œuvres, une histoire qui remonte à une trentaine d’années. Le bâtiment circulaire en forme de spirale conçu par Frank Lloyd Wright constitue une enveloppe architecturale parfaite pour l’œuvre de Hilma af Klint.1 Nous savons que l’artiste rêvait d’un temple pour la présentation de ses travaux , un souhait conforme aux idées de Hilla von Rebay, directrice fondatrice de la Solomon R. Guggenheim Foundation et familière de la théosophie et des conceptions de Rudolf Steiner : elle imaginait pour le futur musée un « temple de l’esprit » dans lequel serait exposé l’art non figuratif, qu’elle nommait la « religion de l’avenir ». Il est possible, on l’imagine en tout cas, qu’elle ait été à l’origine de la célèbre forme en spirale du bâtiment, motif d’ailleurs récurent dans l’œuvre de Hilma af Klint.

Repenser l’histoire de l’art ?
Quelles sont les raisons d’un si vif intérêt ? Son histoire fournit certainement matière à un récit sensationnel, celui de la découverte d’une œuvre « secrète » élaborée il y a 70 ans, riche en travaux qui exigent de l’histoire de l’art de repenser son récit en apparence bien établi. C’est l’option choisie par le Musée d’Art moderne de Stockohlm en faisant de Hilma af Klint la pionnière de l’art abstrait. Et c’est effectivement ce point de vue qui a nourri depuis les discussions et les débats.
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