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Peut-on enseigner l'anthroposophie?

Concevoir l’anthroposophie comme un outil plutôt que comme un système ou une croyance relève avant tout de la manière dont elle est transmise. Louis Defèche s’est entretenu avec Constanza Kaliks et Andrea De La Cruz, responsables des études anthroposophiques au Goetheanum.

par Andrea De La Cruz, Constanza Kaliks et Louis Defèche

23 janvier 2026 · 13 mn de lecture

Séance de clôture des étudiants au Goetheanum, 2025. Photo : Xue Li

Le thème est plutôt vaste ! Commençons donc par ceci : quelles aptitudes et quelles compétences souhaitez-vous développer chez les étudiants, lorsque vous enseignez l’anthroposophie dans le cadre des études au Goetheanum ?

Constanza Kaliks L’un des enjeux essentiels est d’apprendre à apprendre, y compris en anthroposophie. Pour les adultes, cela signifie concevoir l’apprentissage comme un processus vivant et continu. En anthroposophie, il ne s’agit pas simplement d’accumuler des savoirs, mais d’entrer dans une expérience globale de connaissance. Comme le rappelle Rudolf Steiner dans le premier de ses Principes directeurs, l’anthroposophie est un chemin de connaissance qui cherche à conduire le spirituel de l’être humain vers le spirituel du monde1. Un tel chemin implique de relier sans cesse les différents plans de la réalité, d’être disponible à la relation et à l’expérience. Si l’anthroposophie est un chemin de connaissance, elle est alors une pratique relationnelle : apprendre à relier ses propres expériences, ce que l’on est, et ce que l’anthroposophie peut offrir. Le cursus de neuf mois au Goetheanum ne se présente pas comme un parcours clos, mais comme une ouverture de champs d’expérience, un apprentissage partagé du « apprendre à apprendre ».

Andrea De La Cruz En tant que coordinatrice, et non enseignante, mon rôle est d’accompagner les processus d’apprentissage. J’observe comment les enseignants ouvrent un accès à l’œuvre de Steiner, notamment à travers le travail approfondi sur les textes. Ce que nous cherchons avant tout à encourager, c’est une pensée vivante. Comment offrir aux étudiantes et aux étudiants la possibilité d’entrer réellement en dialogue avec les textes, de réfléchir, de faire cheminer leurs propres pensées à partir de celles de l’auteur ? Presque comme si le texte leur était présenté à l’état brut, afin qu’ils puissent en faire l’expérience la plus directe possible. Il s’agit alors de s’engager intérieurement et activement avec les thèmes abordés et avec la pensée de l’auteur, de créer un pont entre les deux pour faire émerger quelque chose de nouveau. L’enjeu est de rendre possibles de véritables expériences spirituelles, au cœur même du processus d’apprentissage.

Constanza Kaliks. Photo : Xue Li

Comment les études au Goetheanum ont-elles évolué ?

Kaliks Pendant de nombreuses années, pour des raisons très pratiques, les études d’anthroposophie au Goetheanum se sont déroulées exclusivement en allemand. Puis, grâce à Virginia Sease, il est devenu possible d’étudier également en anglais, non plus seulement quelques semaines, comme lors des semaines anglophones, mais avec l’ensemble du programme proposé en parallèle en anglais et en allemand. En 2013, une nouvelle étape a été franchie : les étudiantes et étudiants ont commencé à se répartir le matin pour étudier les textes ensemble dans différentes langues (espagnol, portugais, allemand ou anglais). Le reste du programme se déroulait en commun et en anglais. Ces dernières années, toutefois, nous avons accueilli un nombre croissant d’étudiants venus d’Asie et d’autres régions du monde. Nous avons donc décidé de tenir le travail matinal sur les textes dans une langue commune. Aujourd’hui, en raison de la grande diversité linguistique et culturelle, l’ensemble du programme se déroule en anglais. C’est une solution plus simple, même si l’anglais n’est pas la langue maternelle de tous. Pour certains, cela représente un défi, mais l’effort de travailler ensemble à travers différentes langues et expériences culturelles est extrêmement enrichissant. Lors du travail matinal sur les textes, les étudiants peuvent suivre le texte dans leur propre langue, tandis que les discussions ont lieu en anglais. Ainsi, l’expérience de la traduction fait partie intégrante du cursus. Traducere [traduire] signifie « passer d’un côté à l’autre », et ducere veut dire « conduire » en latin. Ce mouvement d’un côté à l’autre, tout en étant guidé (par le texte lui-même, par les échanges), éveille chez chacun d’entre nous, enseignants comme étudiants, une conscience du fait que l’on accède au contexte à travers la langue. La valeur des langues et de la pensée vivante, évoquée par Andrea, devient alors concrète et ne demeure pas seulement théorique.

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